vendredi 28 février 2014

Auto-culpabilité ou auto-compassion?

Cela se passe cette semaine. J'ai les "blues"...  Les tâches (purement ménagères) qui m'attendent me semblent insurmontables. Pratiquant la pleine conscience je décide de poursuivre la journée en essayant d'observer mes idées, plutôt qu'en me faisant submerger par un trop plein de négativité. Pendant que j'avance dans les choses à faire je m'arrête à chaque fois que je ressens de la négativité monter en moi. Je m'arrête pour observer la pensée qui me traverse à cet instant. Je fais cela pendant un bon moment. Au bout de quelques arrêts je suis stupéfaite par mes propres observations. Elles sont tellement flagrantes, tellement peu nuancées qu'en même temps qu'elles m'attristent un peu, elles me font rire.  Toutes les pensées que je perçois me jugent. Elles jugent mes priorités (rester à la maison aujourd'hui pour m'occuper du ménage), mes choix (plutôt commencer par nettoyer la cuisine), elles jugent si je fais comme ceci (utiliser du javel), elle jugent si je fais comme cela (utiliser un produit BIO), elles jugent mes actions (acheter des éclairs comme goûter pour faire plaisir à mes enfants), elles jugent... tout! Mon juge intérieur ne semble admettre aucun compliment, aucune reconnaissance. Tout est sujet à une critique incessante. Il devient très vite clair qu'avec une telle activité de mon esprit il devient très difficile de ne pas avoir les blues... Le constater m'apaise déjà un peu.

En poursuivant la semaine je tombe sur un joli texte par Elisha Goldstein "Watering the Seeds of Happiness"** dans lequel elle commente exactement ce processus d'auto-culpabilisation selon l'approche de la pleine conscience. Les voix critiques que nous entendons sans cesse ne sont pas dépourvus de sens. Elles ont la bonne intention de nous protéger contre des douleurs et blessures émotionnelles d'autrefois (tels le manque d'attention, la perte, la dévalorisation, la violence). Dans l'ici et le maintenant ces voix ne nous veulent donc que du bien: nous protéger contre l'inconfort, l'insécurité que nous avons connus déjà auparavant. Au lieu donc de critiquer la voix critique, culpabilisante, dévalorisante Elisha nous invite à l'accueillir simplement comme une partie de nous qui essaie de nous préserver, de nous protéger. Nous pouvons ainsi décider de lui offrir notre attention et notre reconnaissance. Ce faisant nous pouvons écouter les émotions ou expériences douloureuses qu'elle tente de panser, plutôt que de lutter contre elle. Ecouter de cette façon nos voix exigeantes et jugeantes nous permet de cultiver la gentillesse et la compassion envers nous-mêmes et plus particulièrement envers nos fragilités et blessures. D'une coupure jugeante nous pouvons alors entrer dans une connexion intime et consciente avec nous-même, permettant à nos peurs et doutes de s'exprimer et de prendre sens d'instant en instant.

Pour ma part, j'essaie de dire "oui" à cette invitation, avec courage, douceur et bienveillance...



* http://blogs.psychcentral.com/mindfulness/2009/04/watering-the-seeds-of-happiness/


                                                   

vendredi 14 février 2014

Renouveler l'intention

C'est mon anniversaire et je reçois avec joie et gratitude toutes les belles attentions qui me parviennent par la poste, le téléphone, l'internet... Certains vœux viennent même de très loin et cela me fait chaud au cœur de pouvoir être connectée à des personnes chères résidant à l'autre bout de la planète. Une amie (celle qui au cœur de l'ère de la communication virtuelle reste l'experte des belles lettres écrites à la main et délivrées par le facteur comme dans le bon vieux temps) me fait parvenir quatre jolis marque-pages intitulés "live mindfully", "spoil yourself", "feel connected" et "simplify your life". Cela me semble tout à fait cohérent avec mes aspirations... Ils auraient pu être accompagnés d'un "call yourself sweetie (at least from time to time)"!
 
Ce jour me rappelle la mise en ligne de Polyhymnie il y a un an, à l'occasion de mes 40 ans. Il me rappelle aussi - avec un peu d'inconfort - l'inactivité qui s'y est glissée depuis le début de l'été passé. Après avoir appris la souffrance d'un proche, cet été fût un peu comme un hiver pour moi. Une période de repli, de descente dans les profondeurs. A plusieurs reprises l'élan d'écrire un nouveau morceau m'a traversé. Toutefois, la culpabilité, le jugement, le sentiment de ne pas être à la hauteur l'ont emporté. Je me rends compte à quel point il peut être difficile d'honorer l'intention d'écrire aussi les bas de l'existence, comme je l'avais si bien formulé en créant Polyhymnie... Accueillir l'existence telle qu'elle se déploie d'instant en instant, sans juger, sans critiquer, sans vouloir réformer quoi que ce soit... Quelle immense pratique. Le silence de ce blog témoigne au moins en partie de cette tendance à vouloir que les choses soient différentes de ce qu'elles sont déjà.
Ce jour j'ai donc envie de renouveler mon intention de créer régulièrement un espace pour me poser et porter mon attention sur l'un ou l'autre de ces moments - grands ou petits - qui font le cours d'une existence d'instant en instant. De chanter les hymnes de la Vie comme le veut la tradition de la Muse Polyhymnie. Cette intention n'est que renforcée par la joie que j'ai depuis le début de cette année de me former comme instructeur MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction) auprès du Center for Mindfulness à Boston. Un autre blog - qui deviendra peut-être un site web, ou pas...- est en cours de construction afin de pouvoir partager avec ceux qui le souhaitent la pratique et les outils de la pleine conscience.
J'aime terminer ce morceau avec un poème de Rumi, un mystique Persan (Iranien) qui a profondément influencé le soufisme. Ce poème m'a été donné par mes enseignants en MBSR. C'est une invitation à permettre aux choses d'être exactement ce qu'elles sont à chaque instant. Si je rajoutais un cinquième marque-page "allow"...?
 

The Guest House

This being human is a guest house.
Every morning a new arrival.

A joy, a depression, a meanness,
some momentary awareness comes
as an unexpected visitor.

Welcome and entertain them all!...

Even if they are a crowd of sorrows,
who violently sweep your house
empty of its furniture,
still, treat each guest honorably.
He may be clearing you out
for some new delight.

The dark thought, the shame, the malice.
meet them at the door laughing and invite them in.

Be grateful for whatever comes.
because each has been sent
as a guide from beyond.

-- Jelaluddin Rumi,
translation by Coleman Barks
 
            Avec mes 3 Rumis... (Seward, Alaska - 2009)