jeudi 28 mars 2013

Premier camp


Dans quelques jours mon fils aîné partira pour la première fois en camp avec le patro. Une nouvelle étape, une nouvelle "première fois"... comme il y en a des milliers dans les vies de nos enfants et dans notre cœur de parent...

Emile est ravi de partir. Les étincelles illuminant ses yeux à chaque moment où cette perspective est évoquée me rassurent qu'il est plus que prêt pour cette aventure. Il rêve des jeux qui l'attendent, essaie de s'imaginer le lieu (maman, ce sera peut-être une maison dans la forêt), se demande ce qu'il va manger (maman, qu'est qu'on reçoit au petit déjeuner tu crois?) et me liste quelques petits indispensables à ne pas oublier (mes pantoufles chaudes et mon doudou et puis, la trousse de premiers secours - on ne sait jamais maman, si quelqu'un se fait mal je pourrais le soigner...).

Lit de camp, sac de couchage, lampe de poche... J'imagine toute l'excitation et l'impatience que ces préparatifs doivent provoquer dans son cœur d'enfant! Je ne peux m'empêcher de stresser à l'idée qu'il lui manquerait un "truc essentiel"... Elliott, pour qui ceci est aussi une première, me demande qui prendra soin de ses lessives au camp!

J'aime les moments où mes enfants peuvent s'envoler du nid dans la confiance et la liberté pour partager des moments inoubliables avec les copains, découvrir d'autres horizons, apprendre la vie en dehors de la maison... J'aime ces moments car ils permettent à chacun de cultiver son autonomie, son univers propre, pour se retrouver ensuite "nourri" d'expériences. Jusqu'à maintenant ces instants se sont toujours limités à quelques heures, un petit stage ou une nuitée... Or, cette fois c'est parti pour une petite semaine: départ du mardi au vendredi! Tout d'un coup le terme "Petit Camp" me semble un peu décalé face à mon propre ressenti!

Pendant que je songe à ses bagages, de doux souvenirs de sa petite enfance me reviennent. Il n'est plus ce petit garçon d'autrefois. Il grandit. Il monte un nouveau "pallier". Le voir se préparer pour son premier camp m'invite à accueillir le mouvement permanent de la vie, avec ses pages à tourner, ses chapitres à clore, ses infinis nouveaux moments présents à recevoir et puis, mine de rien ses défis et ses dangers... C'est joyeux, un peu douloureux et inquiétant à la fois. Mon fils doit avoir une petite idée des pensées qui me traversent quand il me lance en souriant "Pas de cafard hein maman quand je ne suis pas là...".

J'y entrevois une douce invitation à lâcher prise, un petit clin d'oeil "Red Chestnut", cette Fleur de Bach qui nous aide à déposer nos inquiétudes pour les êtres qui nous sont les plus chers.

Cela m'a rappelé le beau texte suivant, que nous avons lu à nos enfants lors de leur baptême, que j'aime citer ici.

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable.
 
(Khalil Gibran, le Profète)


 
Camp d'indien











samedi 9 mars 2013

Embracer la sensibilité



Je sais depuis longtemps que j'ai une nature très sensible. La haute sensibilité (ou "high sensitivity" en Anglais) fait partie de ma façon d'être au monde, de réagir aux événements, d'entrer en relation, bref c'est une des composantes essentielles de ma nature profonde.
 
Le "trait" de la haute sensibilité est présent chez 15 à 20 % de la population humaine et a été observé également dans les mêmes proportions auprès de plusieurs espèces animalières. Il se caractérise essentiellement par une sensibilité sensorielle accrue, un traitement profond des différentes stimulations et d'une stratégie innée et naturelle de "pause de réflexion" ou "pause pour contrôler" (stratégie appelée en Anglais "stop and check") avant de tout passage à l'action. Selon E. Aron, pionnière dans la matière, "tout comme les pompiers, les hypersensibles passent une bonne partie de leur temps à répondre à de fausses alertes. Mais il suffit que notre sensibilité ait permis de sauver au moins une vie pour qu'elle ait son utilité génétique." J'aime bien cette citation...
 
Des recherches scientifiques ont avéré que la haute sensibilité est propice à la survie et à l'évolution d'une population et c'est la raison pour laquelle la nature se charge de garder ce trait en vigueur. Des questionnaires scientifiques existent afin d'évaluer le degré de sensibilité d'un adulte ou d'un enfant. Ils peuvent être consulté sur le site www.hsperson.com.
 
L'intensité émotionnelle et la tendance à la surexcitation qui vont très naturellement (dans le sens d'un package "all in") de pair avec la haute sensibilité rendent la personne dotée de ce trait vulnérable. La sensibilité accrue aux stimulations sensorielles (que celles-ci viennent du monde extérieur- par exemple des bruits, des lumières, des odeurs, des images... - ou de l'intérieur de notre propre corps - par exemple la faim, le froid, les émotions, les pensées, les désirs...) et le traitement profond au niveau du cerveau de toutes ces sources de stimulation font tout simplement que le "saut des données à traiter" sera plus vite rempli pour une personne hypersensible que pour la majorité des personnes. Cela explique pourquoi les personnes sensibles peuvent plus vite être découragées, angoissées, voire déprimées.
 
La façon dont une personne à haute sensibilité embrassera ou non cette particularité vulnérable dépend en partie de la réponse que son environnement familial et scolaire y a donné pendant l'enfance et l'adolescence. Selon E. Aron les personnes hypersensibles ayant eu une enfance difficile, semblent davantage être marqués par les circonstances que les non hypersensibles (et plus fragiles sur le plan émotionnel, voire physique à l'âge adulte). Elles seront plus vite touchées par des émotions d'angoisse et de déprime. En revanche, les enfants hypersensibles ayant connu une enfance heureuse semblent en tirer plus de profits que les enfants non hypersensibles face aux mêmes circonstances.
 
Accueillir et apprivoiser la haute sensibilité, surtout quand celle-ci n'a pas été reconnue dans l'enfance, peut exiger beaucoup de patience, de bienveillance et de douceur envers soi. Il s'agit de se familiariser avec les différentes sources de stimulation et leur impact, ainsi qu'avec les signaux corporels et psychiques d'un éventuel état de surexcitation. D'apprendre à respecter les temps d'arrêt et de sommeil. De favoriser des moments de détente physique et mentale (notamment par des moments réellement "libres", non structurés ou planifiés à l'avance) comme étant des besoins fondamentaux à honorer. De recadrer son passé et des blessures qui en font partie de façon à y intégrer la composante de la haute sensibilité. Et puis, finalement, de prendre sa place dans un monde où la culture dominante n'est pas nécessairement en phase avec la haute sensibilité. D'accepter cette réalité (on pourrait dire "biologique") comme un état de fait non négociable, dans le non jugement et l'ouverture. De cultiver ses capacités d'adaptation au monde extérieur tout en vivant en cohérence avec sa sensibilité. D'apprendre à connaître ses limites, à oser dire non, à rester ferme et souple à la fois...
 
Bien souvent ce processus passe par des prises de conscience plus ou moins douloureuses, des deuils et des émotions vives telles la colère et la tristesse. Il est rassurant à ces moments de pouvoir compter sur la présence de "témoins silencieux", c'est à dire des personnes qui peuvent "juste" inconditionnellement accueillir notre chemin, sans jugement ni interférence.
 
C'est ainsi que lentement mais sûrement la haute sensibilité s'est intégrée dans ma vie, comme faisant partie intégrante de moi, de mon humanité, depuis toujours et pour toujours. Plus j'avance sur ce chemin, plus cette sensibilité prend sens et peut se manifester de façon fluide et assumée.
 
Mais cette conscience ne m'immunise pas contre le risque de l'hyperexcitation car la haute sensibilité demande une bienveillance et une attention constantes. Très récemment encore je me suis retrouvée démunie, surexcitée et même fragilisée sur le plan de l'immunité suite à un concours subtil de circonstances qui, sans que je m'en rende compte, avaient résulté en un trop plein soudain de mon "seau" personnel... Il y a lieu alors de recultiver quelques bonnes ressources: les balades dans la nature, la méditation, la lecture, la nutrition, les liens qui nourrissent... Afin de retourner "à la maison", chez soi, si nécessaire en fermant temporairement les volets.


 
                                                                               Bonheurs d'enfant au coeur de la forêt vièrge