Je sais depuis longtemps que j'ai une nature très
sensible. La haute sensibilité (ou "high sensitivity" en Anglais)
fait partie de ma façon d'être au monde, de réagir aux événements, d'entrer en
relation, bref c'est une des composantes essentielles de ma nature profonde.
Le
"trait" de la haute sensibilité est présent chez 15 à 20 % de la population humaine et a été
observé également dans les mêmes proportions auprès de plusieurs espèces
animalières. Il se caractérise essentiellement par une sensibilité sensorielle
accrue, un traitement profond des différentes stimulations et d'une stratégie
innée et naturelle de "pause de réflexion" ou "pause pour
contrôler" (stratégie appelée en Anglais "stop and check") avant
de tout passage à l'action. Selon E. Aron, pionnière dans la matière, "tout
comme les pompiers, les hypersensibles passent une bonne partie de leur temps à
répondre à de fausses alertes. Mais il suffit que notre sensibilité ait permis
de sauver au moins une vie pour qu'elle ait son utilité génétique."
J'aime bien cette citation...
Des recherches scientifiques ont avéré que la haute
sensibilité est propice à la survie et à l'évolution d'une population et c'est
la raison pour laquelle la nature se charge de garder ce trait en vigueur. Des
questionnaires scientifiques existent afin d'évaluer le degré de sensibilité
d'un adulte ou d'un enfant. Ils peuvent être consulté sur le site www.hsperson.com.
L'intensité émotionnelle et la tendance à la
surexcitation qui vont très naturellement (dans le sens d'un package "all
in") de pair avec la haute sensibilité rendent la personne dotée de ce
trait vulnérable. La sensibilité accrue aux stimulations sensorielles (que
celles-ci viennent du monde extérieur- par exemple des bruits, des lumières,
des odeurs, des images... - ou de l'intérieur de notre propre corps - par
exemple la faim, le froid, les émotions, les pensées, les désirs...) et le
traitement profond au niveau du cerveau de toutes ces sources de stimulation
font tout simplement que le "saut des données à traiter" sera plus
vite rempli pour une personne hypersensible que pour la majorité des personnes.
Cela explique pourquoi les personnes sensibles peuvent plus vite être
découragées, angoissées, voire déprimées.
La façon dont une personne à haute sensibilité embrassera
ou non cette particularité vulnérable dépend en partie de la réponse que
son environnement familial et scolaire y a donné pendant l'enfance et
l'adolescence. Selon E. Aron les personnes hypersensibles ayant eu une enfance
difficile, semblent davantage être marqués par les circonstances que les non
hypersensibles (et plus fragiles sur le plan émotionnel, voire physique à l'âge
adulte). Elles seront plus vite touchées par des émotions d'angoisse et de
déprime. En revanche, les enfants hypersensibles ayant connu une enfance
heureuse semblent en tirer plus de profits que les enfants non hypersensibles
face aux mêmes circonstances.
Accueillir et apprivoiser la haute sensibilité, surtout
quand celle-ci n'a pas été reconnue dans l'enfance, peut exiger beaucoup de
patience, de bienveillance et de douceur envers soi. Il s'agit de se
familiariser avec les différentes sources de stimulation et leur impact, ainsi
qu'avec les signaux corporels et psychiques d'un éventuel état de
surexcitation. D'apprendre à respecter les temps d'arrêt et de sommeil. De
favoriser des moments de détente physique et mentale (notamment par des moments
réellement "libres", non structurés ou planifiés à l'avance) comme
étant des besoins fondamentaux à honorer. De recadrer son passé et des
blessures qui en font partie de façon à y intégrer la composante de la haute
sensibilité. Et puis, finalement, de prendre sa place dans un monde où la
culture dominante n'est pas nécessairement en phase avec la haute sensibilité.
D'accepter cette réalité (on pourrait dire "biologique") comme un
état de fait non négociable, dans le non jugement et l'ouverture. De cultiver
ses capacités d'adaptation au monde extérieur tout en vivant en cohérence avec
sa sensibilité. D'apprendre à connaître ses limites, à oser dire non, à rester
ferme et souple à la fois...
Bien souvent ce processus passe par des prises de
conscience plus ou moins douloureuses, des deuils et des émotions vives telles
la colère et la tristesse. Il est rassurant à ces moments de pouvoir compter
sur la présence de "témoins silencieux", c'est à dire des personnes
qui peuvent "juste" inconditionnellement accueillir notre chemin,
sans jugement ni interférence.
C'est ainsi que lentement mais sûrement la haute
sensibilité s'est intégrée dans ma vie, comme faisant partie intégrante de moi,
de mon humanité, depuis toujours et pour toujours. Plus j'avance sur ce chemin,
plus cette sensibilité prend sens et peut se manifester de façon fluide et
assumée.
Mais cette conscience ne m'immunise pas contre le risque
de l'hyperexcitation car la haute sensibilité demande une bienveillance et une
attention constantes. Très récemment encore je me suis retrouvée démunie,
surexcitée et même fragilisée sur le plan de l'immunité suite à un concours
subtil de circonstances qui, sans que je m'en rende compte, avaient résulté en
un trop plein soudain de mon "seau" personnel... Il y a lieu alors de
recultiver quelques bonnes ressources: les balades dans la nature, la
méditation, la lecture, la nutrition, les liens qui nourrissent... Afin de
retourner "à la maison", chez soi, si nécessaire en fermant
temporairement les volets.
Bonheurs d'enfant au coeur de la forêt vièrge
Tellement beau, tellement vrai, tellement en phase avec ton ressenti ... cela résonne pas mal en moi Caro! Merci pour ce chemin, pour ce partage d'expérience humaine ...
RépondreSupprimerMerci Marie-Pierre! Tes feedback me donnent confiance!
Supprimerde Marip
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