vendredi 22 février 2013

Il y a un âge pour tout...

Samedi passé j'ai rendu visite à ma grand-mère. Elle habite Gand, ma ville de naissance, dans un foyer d'accueil pour personnes agées. Elle a 92 ans. Depuis quelque temps elle ne me reconnaît plus, au moins plus tout à fait. C'est à dire qu'elle ne se souvient plus trop de mon prénom et qu'elle demande sans cesse "qui était ma maman" (elle avait trois filles) et "où j'habite" (ma vie de femme adulte et de mère de famille semble lui échapper tout à fait)... Son expérience semble maintenant se concentrer autour des racines fondamentales de son histoire: sa vie d'enfant, sa jeunesse, son mariage, ses enfants, sa vie au Congo belge...

Et pourtant tout son être me dit qu'elle me ressent et me reconnaît bel et bien comme quelqu'un qui lui appartient. A sa façon, elle m'accueille dans un lien au delà des mots. Dès que j'entre en sa présence je me sens enveloppée dans un doux cocon de protection, d'amour inconditionnel et de tendresse. Dans son espace règnent uniquement le bon, le bien, le positif. Sur sa petite table se trouve un bloc note dans lequel elle fait des notes dispersées pour garder le fil de ses journées. Quand quelqu'un lui rend visite, elle lui demande de s'y inscrire, comme dans un livre d'or...

Dans ses annotations du conte "La jeune fille sans mains" Clarisse Pinkola Estes (dans : "Femmes qui courent avec les loups", Editions Grasset & Fasquelle, 1996) liste les âges qui correspondent à la conscience de la femme. L'âge de ma grand-mère correpsond à celui de l'éthéré / du moins à dire, plus à vivre. Il est suivi par ce que l'auteur appelle l'âge du souffle (le pneuma), pour se dissoudre finalement dans l'âge de l'hors du temps.

C'est exactement ce que je ressens quand je visite ma grand-mère. Présence et communion d'âmes, silences débordant de joie et d'éternité, l'expérience de toute une existence se résumant dans un souffle...

Il est juste délicieux d'être là à ces moments où elle me murmure que la vie est belle...


     Magnifique mammie mexicaine rencontrée lors de notre grand voyage





2 commentaires:

  1. Merci Caro pour ce partage "comme un souffle" en cette belle journée de printemps. Une belle communion d'âmes entre toi et ta grand-mère. Un doux cocon d'amour et de protection. C'est beau!

    RépondreSupprimer